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En dépit du changement de sentiment, l'"europhorie" est prématurée
information fournie par Reuters 25/03/2025 à 13:07

par Francesco Canepa et Christoph Steitz

La politique américaine erratique a déclenché un sursaut inattendu en Europe, mais il faudra du temps avant que cette prise de conscience ne transforme durablement les perspectives économiques européennes.

Les menaces d'une hausse des droits de douane aux États-Unis et le possible désengagement militaire du pays ont poussé l'Union Européenne à réagir avec force, l'Allemagne ayant notamment voté des plans d'investissements massifs dans la défense et les infrastructures.

Ailleurs, des entreprises européennes s'attendent à une hausse de leur chiffre d'affaires cette année, tandis que les projections de croissance pour la zone euro ont été revues à la hausse, que l'euro s'est renforcé face au dollar et que les investisseurs se détournent des actions américaines au profit du Stoxx 600.

Pour autant, certains analystes préviennent que cette vague d'optimisme fait bon marché des problèmes structurels du Vieux Continent, parmi lesquels des prix de l'énergie élevés, un marché intérieur fragmenté et la menace de droits de douane imminents de la part des États-Unis, principal client du bloc.

"L'europhorie est elle justifiée? Les perspectives plus positives en Europe sont justifiées. Mais comme d'habitude, l'important retour de balancier est peut-être un peu trop fort dans certains cas", écrit Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

Les actions européennes ont progressé de 12% depuis le 20 janvier, date de l'investiture de Donald Trump, les actions américaines reculant sur la même période de 6,7%.

Les consommateurs et les investisseurs aux États-Unis sont devenus bien plus pessimistes que leurs homologues européens. Les économistes interrogés par Reuters ont révisé à la hausse pour la première fois en un an leurs projections de croissance 2026 pour la zone euro, de 1,2% à 1,3%.

Le rythme demeure inférieur aux 2% de croissance attendus pour les États-Unis, mais les dernières données se montrent encourageantes, les indicateurs PMI de lundi suggérant que la croissance du secteur privé a touché un plus haut en sept mois en mars.

Des responsables gouvernementaux européens jugent par ailleurs que l'importante régulation européenne assure un cadre politique stable, véritable avantage au sein d'un monde marqué par l'incertitude grandissante.

Ce flou est particulièrement marqué aux États-Unis, Angelique Renkhoff-Mücke, présidente de l'association bavaroise des industries métalliques et électriques, résumant: "Ceux qui n'y sont pas encore hésitent à y aller."

GUERRE COMMERCIALE

Le principal risque pour une économie orientée vers l'export, comme l'est celle de l'Europe, est désormais une guerre commerciale avec les États-Unis, qui doivent annoncer le 2 avril de nouveaux droits de douane.

La Banque centrale européenne estime qu'une hausse de 25% des droits de douane sur les importations européennes enlèverait 0,3 point de pourcentage à la croissance de la zone euro au cours de la première année, un coût qui s'élèverait à 0,5 point de pourcentage si l'UE riposte.

Des investissements plus importants en Europe sont par ailleurs peu probables tant que le flou autour des mesures que prendra Donald Trump ne sera pas levé. Les indices de mesure de l'incertitude touchent des records.

"Les entreprises ne sont pas bien positionnées pour planifier leurs investissements", écrit Atanas Kolev, co-auteur d'un papier de recherche sur l'impact économique de l'incertitude.

Les dépenses d'investissement européennes pourront toutefois contribuer à limiter les retombées négatives d'une guerre commerciale, en particulier pour les secteurs directement concernés.

Rheinmetall prévoit ainsi une forte hausse de ses ventes en 2025, tandis que le fabricant de missiles MBDA investira dans son unité italienne pour pouvoir satisfaire des commandes plus importantes.

Les entreprises d'infrastructures, de Heidelberg Materials

HEIG.DE à Strabag STRV.VI , en passant par Geberit GEBN.S et SPIE SPIE.PA , estiment que le plan allemand d'investissement aura un impact à court terme.

Peter Hübner, président de HDB, l'association allemande de la construction, s'attend à une hausse des commandes et des ventes cette année en Allemagne.

"Chaque euro investi dans les infrastructures ajoute 2,5 euros au PIB", rappelle-t-il.

HDB s'attend à ce que les ventes en Allemagne progressent en 2025 pour la première fois en cinq ans, alors que l'association projetait en janvier un déclin de 1,4% sur l'année.

D'autres secteurs s'inquiètent cependant de la lenteur avec laquelle ces fonds seront déployés et auront un impact sur l'économie, ce alors que des problématiques plus pressantes, comme la bureaucratie et les coûts de l'énergie, demeurent.

"L'argent seul ne suffira pas", estime Stefan Rauber, dirigeant de l'aciériste Saarstahl.

Klaus Adam, professeur à l'University College de Londres, remarque qu'aucun engagement n'a été pris pour faciliter les flux de biens, de capitaux et de travail au sein du marché unique.

"La stabilité et l'État de droit sont des avantages sans doute mieux appréciés au regard du comportement erratique de certains. Mais ils constituent un frein, d'une certaine manière (…) car il nous serait possible d'avancer un peu plus vite sur certains aspects", conclut-il.

(Reportage de Francesco Canepa et Christoph Steitz, avec Alexander Huebner, version française Corentin Chappron, édité par Tangi Salaün)

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